L’industrie musicale à la recherche d’un nouveau modèle économique

Alors que ce secteur est touché par une crise profonde, tous les professionnels s’accordent à dire que l’industrie musicale nécessite une refonte totale de son modèle économique. En attendant, les artistes et leurs équipes explorent de nouvelles pistes pour faire face aux stigmates du téléchargement illégal.


gramophone maguueule

L’industrie musicale a toujours fonctionné avec des périodes de récession et des périodes de relance économique, une innovation en chassant une autre. Le CD a pris la place de la cassette dans les années 80, qui elle-même avait remplacé la platine tourne-disque, qui elle-même succédait au gramophone, et ainsi de suite. Cependant aujourd’hui, la crise touchant le secteur de l’industrie musicale semble particulièrement profonde. Assis sur le banc des accusés, on retrouve en premier lieu le téléchargement illégal, mais aussi le téléchargement et le streaming musical même légal (Spotify, Deezer, iTunes…).

En effet, si le téléchargement illégal est directement visé puisque comme son nom l’indique, il est illégal, le streaming légal n’est pas innocent. Depuis peu, il vole largement la vedette au téléchargement illégal, mais n’est pas forcément vu comme du pain béni par les artistes. Il faut savoir que les rémunérations qu’ils perçoivent grâce à ces plateformes sont visiblement très faibles ; des chiffres publiés par l’ADAMI (la société civile pour l’Administration des Droits des Artistes et Musiciens Interprètes) suggèrent que l’écoute d’une chanson en streaming rapportera 0,004 centimes en droits d’auteur.

Pour plus de détails sur le streaming, vous pouvez écouter ce très bon podcast du Mouv’ :

Le Mouv’ – Le streaming met KO le téléchargement

Ces plateformes proposent donc une toute autre manière de consommer la musique : de façon numérique, et non physique. Ces modes de consommation qui se sont très rapidement répandus à partir des années 2000, en corrélation avec l’expansion d’internet, ont fermé les portes de nombreux petits disquaires indépendants, mais aussi d’acteurs bien plus importants du marché (comme le label de jazz « Label bleu »). Pour survivre, les artistes ne doivent plus s’appuyer sur la vente de disques, mais plutôt sur les produits dérivés, les concerts, les partenariats avec des marques. A titre d’exemple, la vente de produits dérivés représentait 20% du chiffre d’affaire d’Universal Music France en 2005.

La contre-attaque des musiciens

u2 apple

En attendant, certains artistes tentent de contre-attaquer et d’explorer de nouvelles voies dans le commerce de la musique.

En début d’année, c’était le groupe U2 qui avait fait beaucoup parlé de lui en mettant en ligne son album entier gratuitement sur le compte de tous les utilisateurs d’iTunes.  Les réactions ont été mitigées, entre agacement de la part des utilisateurs qui n’avait aucune envie d’avoir l’album de U2 dans leur bibliothèque – forçant iTunes à créer un outil spécialement pour le supprimer – et questionnements sur l’utilité d’une telle décision. Le chanteur du groupe, Bono, a expliqué : « Nous avons toujours voulu que notre musique soit entendue… nous étions très heureux d’avoir cette chance, juste pour nous présenter ».  La stratégie consistait donc pour iTunes à valoriser son image d’ « ami des artistes » et de combattant du téléchargement illégal, et pour U2 d’offrir à son album une promotion de très large amplitude, tout en bénéficiant d’une grasse contrepartie de la part d’Apple. La méthode aurait tout de même permis au groupe de recevoir près de 38 millions d’écoutes. Mais le partenariat entre Apple et U2 n’est pas terminé ; Bono a ainsi confirmé qu’un nouveau format audio numérique était en cours de préparation, dans un entretien au journal Time. D’après lui, cet outil serait très attractif pour tout amateur de musique, grâce à des contenus exclusif, et pourrait bien booster l’économie du secteur.

Ces derniers jours, on parle aussi beaucoup de Taylor Swift, la starlette du country qui a pris un tournant radical vers la musique pop récemment. La chanteuse a ainsi décidé de ne pas mettre son album 1989 en ligne sur les plateformes de streaming, et en plus a retiré la totalité de son répertoire de Spotify. Elle avance que ces moyens d’écoute nuisent à l’industrie du disque, et a ainsi décidé de distribuer son album exclusivement par voie payante. Cette décision, qui peut sembler être un pari risqué, n’a cependant en rien freiné le succès de la chanteuse : son album s’est écoulé à 1,28 millions d’exemplaire dès la première semaine, un chiffre quasi-record dans l’histoire de la musique. Mais Taylor Swift n’invente rien ; depuis plusieurs années déjà des artistes reconnus contestent ce mode d’écoute. On peut notamment citer Grizzly Bear ou le chanteur de Radiohead Thom Yorke qui affirme : « Ne vous y trompez pas, les nouveaux artistes que vous découvrez sur Spotify ne seront pas payés. Pendant ce temps-là, les actionnaires rouleront bientôt sur l’or ».

Ces tentatives, même si elles ont été plutôt fructueuses, ne peuvent fonctionner que pour des artistes ayant déjà acquis une certaine notoriété ; mais ce qui inquiète réellement les professionnels du milieu, c’est que le téléchargement illégal et le streaming de la musique détruisent la diversité musicale, étouffant les plus petits artistes dont les maigres rémunérations ne suffisent pas à vivre de ce métier.

En attendant de voir ce que l’avenir réserve aux musiciens, on peut toujours dédramatiser en chanson.

Sources : 

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